Le guide malin pour réussir son compost domestique
Transformer ses déchets du quotidien en un amendement riche pour le jardin n’est pas seulement écologique, c’est aussi économique et gratifiant. Mais encore faut-il connaître les bons ingrédients pour un compost sain, équilibré et sans odeurs. Tour d’horizon pratique des matières à privilégier, à limiter ou à bannir pour un compost maison qui marche… et qui sent bon !
Comprendre le fonctionnement du compost : équilibre carbone/azote
À la base du compostage, il y a l’action combinée des micro-organismes, insectes et vers qui, privés d’oxygène et de nourriture adéquate, transforment nos déchets organiques en humus noir et fertile. La clé ? Maintenir un rapport équilibré entre :
- Les matières carbonées (« marron ») : riches en carbone, elles apportent la structure et évitent le tassement excessif du tas (feuilles mortes, brindilles, carton, paille, sciure...).
- Les matières azotées (« vert ») : fraîches, humides et riches en azote, elles nourrissent les micro-organismes et accélèrent la décomposition (épluchures, tontes, marc de café…).
L’alternance et le bon dosage (deux parts « marron » pour une part « vert » environ) garantissent un compost rapide, sans mauvaises odeurs ni moucherons.
Les déchets à mettre sans réserve dans le compost domestique
- Épluchures de légumes et de fruits (non traités si possible), trognons, feuilles flétries.
- Tontes de gazon (en fines couches pour éviter la fermentation), fanes de légumes, mauvaises herbes jeunes non montées en graines.
- Marc de café, filtres en papier non blanchi, sachets de thé sans agrafe.
- Restes de légumes cuits sans sauce, pain rassis émietté en petites quantités.
- Coquilles d’œufs pilées (pour l’apport de calcium, bien broyées).
- Fleurs fanées, petites branches broyées, tailles de haies.
- Cartons bruns, boîtes d’œufs, essuie-tout non imprimés (découpés en petits morceaux).
- Paille, foin sec, sciure et copeaux de bois non traités.
Ces éléments forment l’essentiel de la « nourriture » du compost, variée, aérée et source de micro-organismes bénéfiques.
À intégrer avec modération : les matières à surveiller
- Épluchures d’agrumes et de bananes : leur peau épaisse, souvent traitée, se décompose lentement. À couper en petits morceaux et à limiter pour ne pas acidifier le compost.
- Mauvaises herbes montées en graines : risquent de germer dans le potager si le compost n’atteint pas une température suffisante.
- Restes de pain ou de céréales humides : nourrissent rapidement des colonies de moisissures ou de rongeurs.
- Papier journal (encre noire seulement) ou papier blanc : en faible quantité, broyés, car ils peuvent ralentir la décomposition.
- Coquilles de fruits secs (noix, noisettes, amandes) : très longues à se décomposer, à broyer avant d’incorporer.
- Petits restes de table : éviter tout excès d’aliments cuits, de féculents, ou de laitages.
L’adage au jardin : « ce qui sent fort ou pourrit trop vite, à mettre prudemment et en alternance ! »
Déchets à proscrire du composteur domestique
- Cuisines d’animaux, viandes, poissons, saucisses, charcuterie : attirent nuisibles, odeurs fortes et risques sanitaires.
- Produits laitiers (fromage, lait, crèmes, yaourts) : ralentissent la transformation et posent des soucis de fermentation.
- Huiles et matières grasses : encrassent le compost, fermentent et limitent l’aération.
- Excréments d’animaux carnivores (chiens, chats) : risques de germes pathogènes et de parasites.
- Déchets végétaux traités chimiquement, bois ou sciure vernis, teinté ou traité.
- Mauvaises herbes indésirables et invasives : liseron, chiendent, rumex (qui prolifèrent rapidement une fois remis au jardin).
- Cendres de bois en excès, barbecue, charbon : déséquilibrent rapidement la structure du compost (petites quantités de cendres de bois pur non traité acceptées).
- Verre, métal, plastique, mégots, lingettes, couches, litière pour animaux du commerce (même dites bios, car souvent traitées).
Ces éléments sont sources de déséquilibres, de pathogènes ou risquent de polluer durablement le compost.
Les déchets de jardin : quelques précautions à prendre
- Taille de rosiers, thuyas, lauriers-cerises : riches en substances toxiques, ils se dégradent lentement et ne sont acceptés qu’en infimes quantités, broyés très finement.
- Branches trop épaisses ou fibreuses : préférez le broyage ou l’utilisation en paillage ou en bois raméal fragmenté (BRF) sur les allées, plutôt que dans le composteur.
- Plantes malades : éviter compostage si vous n’êtes pas certain d’atteindre la température nécessaire à la destruction des spores ou virus (oïdium, mildiou, rouille...).
Exemple de « check-list » à coller près du composteur
- À mettre :
- Épluchures, feuilles, marc de café, pelures d'œufs, fleurs fanées, tontes, brindilles broyées.
- Cartons bruns, essuie-tout sans impression, papier kraft.
- À limiter :
- Écorces d’agrumes/banaanier, céréales humides, restes cuits, papiers colorés.
- Coquilles de noix grossières, restes de pain, fleurs en graines.
- À bannir :
- Viande, poisson, laitages, graisses, huiles, excréments d’animaux carnivores.
- Pots de fleurs en plastique, lingettes, sacs, bois traité, plantes invasives.
FAQ sur les écarts et les ajouts atypiques
- Peut-on ajouter des cheveux et des ongles ?
Oui, en petite quantité, ils sont biodégradables et riches en azote. - Le papier imprimé ou le carton coloré ?
À éviter, à cause des encres et colorants potentiellement toxiques pour le sol. - Quid des coquilles de moules ou d’huîtres ?
Tolérées si broyées, elles apportent du calcium mais sont très lentes à se décomposer. - Que faire d’un compost qui sent mauvais ?
Vérifiez l’équilibre carbone/azote, aérez bien, couvrez de matière sèche et limitez l’humidité. - Faut-il un activateur de compost ?
Inutile si vous variez et aérez régulièrement : du vieux compost, un peu de terre ou des orties fraîches relancent efficacement le processus.
Conseils pratiques pour un compost sans souci
- Alternez toujours les couches « verts »/« bruns » pour faciliter l’aération.
- Retournez ou brassez le compost toutes les 2 à 3 semaines pour accélérer la décomposition et éviter la compaction.
- Gardez le tas ni trop humide ni trop sec : il doit ressembler à une éponge essorée sous la main.
- Démarrez plusieurs petits composteurs si vous avez beaucoup de matière à traiter.
- Recueillez les feuilles mortes à l’automne, stockez-les et apportez-les progressivement tout au long de l’année.
En conclusion : la recette du compost réussi, c’est la diversité !
Un compost sain, utile au potager et aux massifs, se nourrit de matières variées, alternées et jamais extrêmes. En évitant les erreurs courantes et en respectant la nature de chaque déchet, vous obtiendrez en quelques mois un amendement naturel, sain pour vos plantes… et pour la planète. Pensez à afficher la check-list près de votre composteur pour sensibiliser toute la famille, suivez régulièrement l’évolution de votre tas, et laissez la nature faire le reste. Le jardin vous remerciera saison après saison !