Maladies & ravageurs

Insectes nuisibles du compost : comment les identifier et protéger son sol

Par Maxime
6 minutes

Compost et vie souterraine : distinguer les auxiliaires des vrais indésirables


Le compost, cœur vivant de tout jardin écologique, regorge d’une incroyable diversité de petits habitants. Si la majorité des insectes et micro-organismes qui l’animent sont bénéfiques, certains peuvent toutefois perturber son bon fonctionnement ou avoir des impacts négatifs sur le sol une fois le compost épandu. Pour garder un compost sain et protéger la vitalité de votre terre, savoir identifier et gérer les insectes véritablement nuisibles est essentiel. Décryptage et conseils pratiques pour les jardiniers en quête d’équilibre.


À quoi reconnaît-on un compost déséquilibré ?


Un compost en pleine activité accueille naturellement vers, collemboles, cloportes, mille-pattes et moucherons. Ce foisonnement indique un processus de décomposition efficace. Cependant, la prolifération soudaine d’insectes malodorants, voraces ou visibles à l’œil nu peut révéler des erreurs de gestion : trop d’humidité, déchets mal équilibrés, aération insuffisante…

  • Mauvaises odeurs : signale souvent excès d’eau ou manque de matières sèches.
  • Apparition de larves en masse : peut indiquer un apport important de déchets frais mal mélangés.
  • Présence d’insectes volants ou rampants : certains signalent un déséquilibre, d’autres sont inoffensifs.

Les principaux insectes nuisibles du compost : savoir les identifier


Les mouches du compost (Muscidae et autres genres)


Les petites mouches noires ou grises, souvent confondues avec les drosophiles, prolifèrent dans les composts trop humides. Leurs larves (asticots) se concentrent dans les zones très riches en déchets azotés (épluchures, restes de fruits, tonte de gazon). Malgré leur rôle partiel de décomposition, leur nombre excessif nuit à l’équilibre et attire des prédateurs indésirables.


Comment reconnaître leurs larves ?

  • Aspect blanc crème, sans pattes, mobiles, de quelques millimètres à un centimètre.
  • Odeur forte, présence autour des déchets très frais.

Le ver gris (Agrotis segetum et autres noctuelles)


Ces chenilles grises, épaisses et recroquevillées lorsqu’on les dérange, peuvent terminer leur cycle dans le compost. Adultes, elles pondent dans la couche superficielle du compost ou du sol. Après incorporation du compost, les larves s’attaquent aux semis et jeunes pousses du potager ou du jardin d’ornement.


  • On les repère surtout lors du retournement du compost avant le printemps, sous forme de grosses chenilles grises ou brunes.
  • En trop grand nombre, elles ravagent les racines de laitues, carottes, poireaux, jeunes courges et autres cultures à la reprise des plantations.

Les fourmis (Lasius, Formica...)


La présence de fourmis dans le compost n’est pas systématiquement un problème. Cependant, certaines espèces apprécient la chaleur du tas pour installer leurs colonies et y «élever» des pucerons ou larves parasites. Une forte population de fourmis peut indiquer un compost sec ou trop riche en sucres (fruits mûrs, restes sucrés), avec un risque de dissémination de pucerons dans tout le jardin ensuite.


Symptômes d’invasion :

  • Galeries visibles, grumeaux granuleux sur les bords du composteur.
  • Allées régulières de fourmis dans et autour du tas.
  • Présence accrue de pucerons sur les jeunes plants après épandage du compost.

Le hanneton et ses larves (Melolontha, Amphimallon, Phyllopertha)


Les larves blanches de hannetons, bien plus grosses que celles des mouches ou cétoines, se nourrissent des racines, matières organiques en décomposition, mais aussi du humus déjà formé. Elles sont reconnaissables à leur corps dodu, une tête brun clair, et de fortes pattes. Leur cycle de vie (de 2 à 4 ans dans le sol) peut ruiner les plantations si elles sont accidentellement répandues avec le compost mûr.


  • Différencier avec les « larves de cétoine » : ces dernières sont utiles et consomment uniquement la matière morte ! Celles du hanneton sont souvent plus agressives et mobiles.
  • Danger pour les gazons et cultures racinaires.

Pourquoi limiter l’invasion de ces insectes ?


  • Protection du sol et des cultures : Les larves envahissantes (hanneton, ver gris) risquent d’accompagner le compost dans les massifs et provoquer des dégâts souterrains dès dispersion.
  • Maintien de l’équilibre biologique : Une faune trop largement dominée par quelques espèces nuisibles fragilise le compost, ralentit sa maturation et peut indiquer un défaut dans la méthode.
  • Prévention des maladies : Certaines mouches sont vectrices potentielles de germes pathogènes, notamment si les restes carnés ou laitiers ont été compostés par erreur.

Gestes simples pour prévenir la prolifération d’insectes nuisibles


Assurer un bon équilibre des apports

  • Alterner couches de déchets verts (azotés) et bruns (carbonés) : tontes, épluchures, fanes avec feuilles mortes, branchages, carton découpé.
  • Ne jamais surcharger le compost de restes de fruits très mûrs ou trop de déchets humides.

Aérer et brasser régulièrement

  • Un retournement tous les mois accélère la montée en température et le bon brassage, étouffant ainsi le développement des larves de mouches ou de nuisibles du sol.

Maintenir une humidité équilibrée

  • Le compost doit être légèrement humide «comme une éponge essorée», jamais détrempé ni trop sec.
  • En période de pluie ou d’apports trop juteux, ajoutez de la paille, des copeaux, du broyat ou du carton pour absorber l’excès.

Recouvrir systématiquement les apports frais

  • Chaque apport de déchets de cuisine doit être immédiatement recouvert de matières sèches et décomposées pour limiter l’attractivité pour les pondaisons de mouches ou l’arrivée de fourmis.

Éviter certains déchets

  • Restes carnés, poissons, produits laitiers, croûtes de fromage : strictement proscrits (attirent mouches, rongeurs, vecteurs de maladies).
  • Détruire ou éliminer les restes infestés de maladies ou insectes (éviter d’introduire des larves d’altises, de pucerons…).

Que faire si votre compost est envahi ? Solutions naturelles et efficaces


Asticots et mouches en excès

  • Retrouvez l'équilibre sec/humide : ajoutez des matières sèches, aérez ; si besoin, brassez tout le tas.
  • En cas de forte invasion, recouvrez d’une couche de terre fine ou de vieux compost pour limiter l’émergence d’adultes.
  • Pour les composteurs fermés, installez un filet anti-mouches ou assurez le couvercle pour empêcher la ponte.

Fourmis nombreuses

  • Réhumidifiez et brassez : les fourmis fuient l’humidité ou la chaleur excessive d’un compost bien actif.
  • Évitez les apports trop sucrés, limitez les fruits très mûrs.
  • Ne versez jamais d’insecticide ! Au besoin, déplacez le composteur.

Larves de hanneton ou de noctuelles

  • Lors du retournement, retirez manuellement les plus grosses larves et détruisez-les (ou donnez-les aux oiseaux du quartier).
  • Privilégiez toujours le compost mûr pour le potager, tamisé si possible.
  • Observez attentivement avant chaque épandage, notamment au printemps.

Check-list pratique pour maintenir un compost sécurisé et son sol sain


  1. Contrôler chaque mois le niveau d'humidité et l’odeur du compost.
  2. Alterner et recouvrir systématiquement chaque apport de matière fraîche.
  3. Éviter d’incorporer des restes carnés, laitiers, pains ou déchets trop sucrés.
  4. Brasser et aérer le tas à chaque nouvel apport important.
  5. Observer la faune présente lors des retours de compost, retirer les grosses larves nuisibles.
  6. Utiliser uniquement le compost arrivé à maturité (aspect homogène, odeur de terre de forêt).
  7. En cas de doute sur le contenu larvaire, épandez sur des massifs ornementaux avant de généraliser au potager.
  8. Maintenir la rotation et la diversité végétale au jardin pour limiter les proliférations.
  9. Informer les enfants et proches sur l’importance de respecter la matière compostée.

Bonnes pratiques et astuces complémentaires pour un compost équilibré


  • Installer un paillage épais sur les zones où le compost a été épandu pour limiter l’émergence d’insectes récalcitrants.
  • Semez des engrais verts dans les surfaces traitées pour attirer les auxiliaires chassant les larves nuisibles.
  • Plantez des fleurs compagnes (soucis, œillets d’Inde) autour du potager pour attirer syrphes et carabes, prédateurs naturels d’insectes du sol.
  • Encouragez hérissons et oiseaux insectivores à visiter le jardin (tas de bois, abris, points d’eau).
  • Optez pour le compostage en compartiments : cela limite la propagation d’éventuels nuisibles d’un lot à l’autre.

Foire aux questions spécifiques


  • Doit-on craindre les vers blancs dans le compost ? Non, s’il s’agit de larves de cétoine (aspect trapu, peu mobiles). Elles accélèrent la décomposition de la matière. Prudence toutefois avec les larves de hanneton.
  • Et les limaces ? Elles se réfugient parfois dans le compost, mais ne s’y développent pas massivement. Éloignez les jeunes plants sensibles lors de l’épandage.
  • Peut-on composter avec des poules dans le jardin ? Oui, elles déterrent et consomment une grande quantité d’insectes larvaires, évitant leur propagation !

En résumé : vers un compost sain, allié d’un sol fertile


La faune du compost est diverse, animée et pour l’essentiel précieuse à la création d’un humus riche et structurant pour le sol. Savoir reconnaître les insectes potentiellement dangereux, surveiller l’équilibre des apports, aérer et observer sont les clés pour obtenir un compost sain qui, épandu au jardin, renforce la biodiversité et la santé de vos cultures. La vigilance et quelques gestes simples préservent durablement la vitalité de vos sols, pour des récoltes abondantes et naturelles année après année.

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